Muay Tae : le spécialiste des coups de pied
Quand on pense au muay thaï en tant que sport, on pense immédiatement aux coups de coude et de genou violents, mais peut-être encore davantage aux coups de pied puissants et aux innombrables séquences vidéo montrant des K.O. par coup de pied à la tête, enregistrées au fil des années dans les arènes de Bangkok, Rajadamnern et Lumpinee.
Du célèbre Buakaw Banchamek à l’impressionnant Yodsankalai Fairtex, le Muay Tae est un style incontournable du Muay Thai dans l’univers des « Nak Muay » (boxeurs thaïlandais). Cet article se penchera plus en détail sur ce style et sur la manière dont ses pratiquants utilisent leur arme de prédilection pour obtenir des résultats redoutables.
Qu’est-ce que le Muay Thai ?
En termes simples, un « Muay Tae » est un pratiquant de Muay Thai dont l’arme de prédilection est le coup de pied circulaire, qu’il utilise abondamment et avec une grande efficacité. Le coup de pied circulaire s’est révélé être l’arme la plus puissante de l’arsenal d’un Nak Muay, permettant d’infliger des coups de pied aux jambes paralysants, des coups de pied au corps débilitants et, bien sûr, des K.O. spectaculaires à la tête.
Les combattants de muay thaï consacrent la majeure partie de leur carrière à perfectionner leurs coups de pied afin de générer une puissance exceptionnelle sur l’axe horizontal, capable de briser des côtes et de provoquer des chocs violents. Pour y parvenir, ils s’adonnent à un entraînement rigoureux, répétitif et régulier : ils s’entraînent pendant d’innombrables heures sur des pads, le sac lourd et avec des partenaires d’entraînement afin de perfectionner le timing, la précision et l’exécution de leur technique de prédilection.
Bien qu’ils soient réputés pour leur maîtrise des coups de pied, les meilleurs combattants de muay thaï ne se limitent pas à leurs jambes droite et gauche. Ils utilisent toutes les techniques à leur disposition pour préparer un coup de pied dévastateur. Cela peut prendre la forme d’une combinaison de coups de poing visant à amener leur adversaire à baisser sa garde au moment opportun, ou à le piéger pour qu’il tente un coup de pied qu’ils peuvent bloquer (avec le tibia) et contrer avec une rapidité et une efficacité redoutables.
Les points forts du combattant de muay thaï
Le Muay Tae, comme la plupart des styles de Muay Thai, repose sur les mêmes principes fondamentaux que le Muay Thai : il consiste à aller de l’avant et à porter des coups plus percutants tout au long du combat. Cependant, la stratégie de ce style diffère de celle, par exemple, du Muay Mat (frappeur puissant) ; cette approche commence bien sûr par la distance à laquelle les combattants choisissent de se battre ; Le Muay Tae privilégie généralement les distances moyennes à longues, en enchaînant des coups de pied circulaires avec des « teep » (coups de pied poussés thaïlandais), des coups de poing et des jeux de jambes, choisissant soit d’avancer pour exercer une pression vers l’avant, soit de rester en retrait et d’attendre une ouverture avant de décocher l’une de ses techniques emblématiques.
Le principal atout du Muay Tae réside évidemment dans ses coups de pied rapides et puissants, qui s’avèrent très efficaces face à la plupart des styles de combattants de Muay Thai, du Muay Plam (combattant au corps à corps) au Muay Mat mentionné précédemment. Pour réduire la distance qui les sépare des combattants du Muay Tae, ces derniers, adeptes du combat rapproché, seront contraints de traverser un déluge de coups de pied brutaux de Muay Thai qui, s’ils ne sont pas contrés, peuvent briser des côtes, mutiler les jambes et mettre hors de combat. Cependant, s’ils sont contrés, non seulement ils ralentissent l’élan des combattants qui mettent la pression, mais ils peuvent également causer des fractures, comme on l’a vu de manière célèbre lorsque Apidej Sit-Hirun a cassé les deux bras de Sompong Charoenmuang lors de leur combat légendaire.
Lorsqu’un combattant de Muay Thai entre dans un combat, conformément à la tradition thaïlandaise, il commence généralement le premier round à un rythme lent, en se tenant face à son adversaire pour évaluer la distance qui les sépare et en lançant des coups de pied occasionnels afin de « tester » la garde de son adversaire et d’ajuster son timing en conséquence. Au fur et à mesure que le combat avance, le combattant de muay thaï intensifie ses attaques et, généralement, après chaque enchaînement, chaque changement de distance ou de position, il assène un coup de pied puissant.
Si l’un de ces coups de pied atteint sa cible, un autre suivra ; cela se poursuit jusqu’à ce que l’adversaire se désengage, parvienne à réduire la distance ou contre-attaque. Il n’est pas rare de voir un combattant de Muay Thai mettre fin à un combat avec plus de cinq coups de pied sans riposte, tandis que son adversaire s’efforce désespérément de trouver un moyen d’empêcher ces attaques. Afin de rester à « portée de coup de pied », le pratiquant de Muay Thai utilise des « teeps » avant rapides (coups de pied poussés thaïlandais) et de puissants « teeps » arrière pour maintenir la distance. Il se sert de ces techniques pour briser l’élan de l’adversaire et préparer d’autres coups de pied, tout en se protégeant du danger que représentent les styles de combat à courte distance.
Les points faibles du combattant de muay thaï
À ce stade, le combattant de Muay Tae donne sans doute l’impression d’être un avatar invincible de la violence, avec ses coups de pied parfaitement synchronisés et son agressivité redoutable, mais ce n’est pas le cas ; si le Muay Thai s’avère efficace face à de nombreux styles de Muay Thai, il peut aussi être une arme à double tranchant, car les styles qui peinent à le contrer peuvent également prendre l’avantage s’ils parviennent à se rapprocher pour neutraliser l’efficacité des coups de pied à longue portée.
Les styles de combat susceptibles de poser problème aux pratiquants de Muay Thai sont le Muay Plam, le Muay Mat et le Muay Femur.
Le « Muay Plam » : lors d’un combat contre un pratiquant de Muay Thai, le combattant tentera d’intercepter ses coups de pied à l’aide de ce membre piégé afin de se propulser à portée de corps à corps, de le neutraliser et de le ralentir, tout en lui assénant des coups de coude et de genou à courte distance avec une grande efficacité.
La nature même de l’approche directe du Muay Thai peut s’accorder avec le style de combat rusé du Muay Femur, leur permettant de tendre des pièges pour contrer les coups de pied puissants, de marquer des points puis de se dégager avant que l’attaque suivante ne survienne. Une stratégie risquée, certes, mais qui a extrêmement bien fonctionné pour plusieurs pratiquants de Muay Femur, tels que Saenchai et, plus récemment, le champion du ONE FC, Superbon.
Le style le plus difficile à affronter pour un pratiquant de Muay Thai est sans doute le Muay Mat : sa pression incessante vers l’avant et ses coups puissants et brutaux peuvent s’avérer très difficiles à contrer, même pour les pratiquants de Muay Thai les plus expérimentés. Ce contraste de styles est devenu plus flagrant ces derniers temps, de nombreux kick-boxeurs occidentaux affrontant des combattants thaïlandais traditionnels lors de galas internationaux.
Les combattants de Muay Thai décochent de puissants coups de pied, tandis que les boxeurs bloquent ces coups avec leurs bras (une technique très courante en kick-boxing), transformant cet impact en gain de position ; ils s’avancent ainsi à portée pour enchaîner des combinaisons de coups de poing dévastatrices. Un exemple parfait de cette technique est le combat de 2019 entre Yodsanklai Fairtex et Jamal Yusupov : le combattant russe Yusupov s’est imposé dès le premier round en mettant Yodsanklai au pied du mur et en lui assénant une rafale de coups de poing efficaces, avant de placer, au deuxième round, un direct du droit et un crochet du gauche, enchaînant pour envoyer Yodsanklai au tapis à deux reprises, forçant l’arbitre à mettre fin au combat et remportant ainsi une victoire impressionnante face à l’un des plus grands combattants de tous les temps.
On pourrait affirmer qu’aucun autre style de muay thaï ne présente autant d’avantages tout en comportant autant d’inconvénients face aux autres styles de muay thaï que le « Muay Tae », ce qui en fait l’un des styles les plus passionnants à regarder, comme le montrent clairement les innombrables vidéos de combats de légendes du Muay Tae telles que Singdam O Aukritt, Sakmongkol Sithchuchok ou encore le « tueur des gauchers », Yodsanklai Fairtex.