Kun Khmer

Kun Khmer : le Pradal Serey, l'art du combat au Cambodge

Le Kun Khmer n’est pas seulement un sport de combat ; il est profondément ancré dans la culture et les traditions cambodgiennes. Tout au long de l’histoire mouvementée du Cambodge, marquée tantôt par la grandeur d’un empire, tantôt par des périodes d’occupation étrangère, le Kun Khmer est resté une source de fierté nationale. Le Kun Khmer, également appelé Pradal Serey, a survécu et connaît depuis un regain d’intérêt.

Avant les combats, les combattants accomplissent la cérémonie du « Kun Kru », une danse rituelle qui rend hommage à leurs entraîneurs, à leur sport et aux divinités. Cette danse rituelle est accompagnée de musique traditionnelle cambodgienne jouée sur le « Skor Yaul » (une sorte de tambour) et le « Sralai » (un instrument à vent aux sonorités aiguës).

Les responsables du muay thaï et du kun khmer se disputent souvent pour savoir lequel de ces deux sports est apparu en premier. Récemment, cela a donné lieu à de vives polémiques lors des Jeux d’Asie du Sud-Est de 2023.

Histoire du kun khmer

Les origines du Kun Khmer remontent à l’époque d’Angkor, période durant laquelle l’Empire khmer dominait l’Asie du Sud-Est (du IXe au XVe siècle). Les temples d’Angkor Wat, l’un des sites archéologiques les plus importants au monde, fournissent certaines des plus anciennes traces de cet art martial. Les bas-reliefs ornant les murs des temples représentent des scènes de guerriers engagés dans des combats au corps à corps, utilisant des techniques qui rappellent le Kun Khmer moderne.

L’Empire khmer a entretenu des relations étroites avec les civilisations voisines, notamment les Siamois (Thaïlandais) et les Chams. Ces interactions, tantôt pacifiques, tantôt conflictuelles, ont probablement influencé le développement du Kun Khmer, en y intégrant des techniques et des stratégies issues d’autres traditions martiales.

Alors que l’Empire khmer déclinait et faisait face aux invasions des royaumes voisins, les arts martiaux, notamment le Kun Khmer, ont joué un rôle crucial dans la défense du royaume. Les guerriers formés à ces arts sont devenus des atouts indispensables sur le champ de bataille.

Malgré les revers politiques et territoriaux, le peuple khmer a su préserver son identité unique, le kun khmer constituant un élément majeur de son patrimoine culturel. Cette forme d’art s’est transmise de génération en génération, non seulement en tant que technique de combat, mais aussi en tant que pratique cérémonielle et spirituelle.

Combat de Kun Khmer sur le ring

Pradal Serey et Kun Khmer

On pense que le Pradal Serey a des origines très anciennes, dont les racines remontent à l’époque d’Angkor. Les bas-reliefs des temples d’Angkor Wat, qui datent du IXe siècle, représentent des scènes qui rappellent cet art martial.

Le Pradal Serey intègre diverses techniques, notamment des coups de poing, des coups de pied, des coups de coude et des coups de genou. Il est étroitement lié à d’autres styles de kick-boxing d’Asie du Sud-Est, notamment le Muay Thai de Thaïlande, le Muay Lao du Laos et le Lethwei du Myanmar.

Avant le début d’un combat, les combattants exécutent la danse du « krama ». Il s’agit d’une danse rituelle destinée à rendre hommage à leurs maîtres et à leurs ancêtres.

Le « Kun Khmer » est un autre nom donné au kick-boxing cambodgien. Bien que les termes « Kun Khmer » et « Pradal Serey » soient souvent utilisés de manière interchangeable, certains puristes affirment qu’il existe de subtiles différences entre les deux en termes de techniques et de traditions.

Tout comme le Pradal Serey, le Kun Khmer met également l’accent sur les coups de poing, les coups de pied, les coups de coude et les coups de genou. Il s’agit d’un art martial complet axé sur les frappes, qui prépare ses pratiquants tant à l’attaque qu’à la défense.

Le Kun Khmer possède également ses propres rituels et traditions, notamment la cérémonie du « Wai Kru », qui s’apparente à la danse « krama » pratiquée dans le Pradal Serey. Les combattants rendent ainsi hommage à leurs entraîneurs, au ring et au sport lui-même.

Pradal Serey

Célèbres combattants kun khmers

Il existe plusieurs combattants de Kun Khmer très célèbres, tels que Bun Sothea, Bird Kham, Keo Rumchong, Sen Rady, Oumry Ban, Meas Chanth, Chann Rothana (qui combat selon le style Yutakhun Khom), Prom Samnang, Eh Phouthong, Ot Phuthong, Yuth Phouthorng, et bien d’autres encore.

Différences entre le Kun Khmer et le Muay Thai

Bien que le Kun Khmer et le Muay Thai soient tous deux des arts martiaux d’Asie du Sud-Est axés sur les frappes, ils se distinguent par leur style et leurs techniques.

L’un des aspects les plus captivants sur le plan visuel de ces deux arts martiaux est la danse traditionnelle exécutée avant le début d’un combat. En muay thaï, cette danse est connue sous le nom de « wai kru ». Ses origines remontent à la période de Sukhothai, et elle comporte de nombreuses postures, chacune ayant sa propre signification. De son côté, le Kun Khmer comporte une danse appelée « kun kru » ou « thvayobangkoum krou ». Cette danse se compose de 17 postures, dont la plupart s’inspirent de l’épopée du Ramayana, un ouvrage littéraire ancien majeur de la région.

Le muay thaï s’accompagne d’une musique traditionnelle jouée à l’aide d’une flûte de Java, de deux tambours et de petites cymbales. En revanche, la musique traditionnelle du kun khmer est appelée « vung phleng pradall » ou « vung phleng klang khek ». Les instruments utilisés comprennent un « sralai » (une sorte de flûte), deux « sampho drungs » (tambours) et de petites cymbales.

En ce qui concerne le combat proprement dit, les règles du Muay Thai et du Kun Khmer sont remarquablement similaires. Ces deux arts martiaux mettent l’accent sur l’utilisation des coups de poing, des coups de pied, des coups de coude et des coups de genou, et les combattants s’entraînent rigoureusement pour maîtriser ces techniques en vue de leurs combats.

Brève histoire de la Thaïlande et du Cambodge

Les histoires du Cambodge et de la Thaïlande sont étroitement liées, marquées par des empires communs, des échanges culturels et des conflits occasionnels. L’Empire khmer, qui s’étendit de 802 à 1431 après J.-C. et dont la capitale était Angkor, fut l’un des empires les plus puissants d’Asie du Sud-Est. Il couvrait une partie des territoires actuels du Cambodge, du Laos, de la Thaïlande et du Vietnam.

Les Thaïlandais, originaires du sud de la Chine, ont émigré vers l’Asie du Sud-Est et ont entretenu des relations avec les Khmers. Au fil du temps, ils ont fondé leurs propres royaumes, tels que ceux de Sukhothai et d’Ayutthaya, sur le territoire de la Thaïlande actuelle. Le déclin de l’Empire khmer aux XIVe et XVe siècles fut en partie dû aux invasions menées par le royaume thaï d’Ayutthaya, qui aboutirent à la prise d’Angkor en 1431.

Après le déclin du royaume de Sukhothai, le royaume d’Ayutthaya s’imposa comme la puissance dominante de la région. Ce royaume connut de nombreux conflits avec l’Empire khmer, puis avec le Cambodge, mais il s’imprégna également de nombreux aspects de la culture, de l’architecture et du système de gouvernance khmers.

Par exemple, l’écriture khmère et l’écriture thaï présentent des similitudes, puisqu’elles trouvent toutes deux leur origine dans l’ancienne écriture brahmi indienne. De nombreux mots khmers ont été intégrés à la langue thaïe à la suite d’échanges culturels qui se sont déroulés au fil des siècles. À cela s’ajoutent des similitudes en matière d’architecture, de religion et de cérémonies.

Les cérémonies traditionnelles, telles que celles liées à la culture du riz et au calendrier lunaire, sont célébrées dans les deux pays, même si elles peuvent porter des noms différents et obéir à des coutumes distinctes. Les fêtes de l’eau, qui marquent la fin de la saison des pluies, revêtent une grande importance tant au Cambodge (Bon Om Touk) qu’en Thaïlande (Songkran).

Le Cambodge est également le berceau de l’art martial appelé « bokator ». Cette discipline de combat, vieille de plusieurs milliers d’années, était pratiquée par les militaires. Il s’agissait d’un art martial alliant coups et lutte au sol, qui n’était pas pratiqué en compétition, mais plutôt sur le champ de bataille.

Combat Pradal Serey

La polémique sur l’origine

Le débat sur les origines du Kun Khmer et du Muay Thai, et sur la question de savoir lequel des deux est apparu en premier, est un sujet controversé qui touche à la fois à la fierté nationale et aux interprétations historiques.

Le Cambodge et la Thaïlande possèdent tous deux d’anciennes traditions martiales qui font appel aux coups de poing, de coude, de genou et de tibia. Ces traditions sont pratiquées depuis des siècles et sont profondément ancrées dans les cultures respectives des deux pays.

L’Empire khmer, qui s’est étendu du IXe au XVe siècle, a laissé sur les murs des temples d’Angkor Vat des représentations de combattants dans des postures de combat. Certains considèrent qu’il s’agit là des premières représentations du Kun Khmer.

En Thaïlande, d’anciennes chroniques et des manuscrits décrivent un art martial pratiqué par les guerriers, que l’on considère comme une forme primitive du muay thaï.

Certains Cambodgiens affirment que, puisque l’Empire khmer est antérieur aux royaumes thaïlandais, et compte tenu des représentations de styles de combat figurant à Angkor Vat, le Kun Khmer serait la forme originelle à partir de laquelle le muay thaï aurait évolué. Ils suggèrent que, dans la mesure où les Siamois (les anciens Thaïlandais) ont côtoyé les Khmers et se sont parfois battus contre eux, ils auraient pu adopter et adapter certains aspects du kun khmer dans leurs traditions martiales.

Au fur et à mesure que le muay thaï gagnait en notoriété et en popularité à l’échelle internationale aux XXe et XXIe siècles, certains Cambodgiens ont eu le sentiment que le kun khmer, dont l’histoire et les techniques sont tout aussi riches, était relégué au second plan. Cela a contribué à rendre le sujet particulièrement sensible.

Polémique autour des SEA Games

Le muay thaï a déjà participé à plusieurs reprises aux Jeux d’Asie du Sud-Est, où il a figuré au programme à cinq reprises par le passé. Il y a été pratiqué en 2007, 2009, 2013, 2019 et, plus récemment, en 2022. Cet art martial thaïlandais a été mis à l’honneur à plusieurs reprises, ce qui témoigne de sa popularité et de son importance sur la scène sportive de l’Asie du Sud-Est.

En 1995, le Cambodge a proposé de changer le nom du muay thaï lors des Jeux d’Asie du Sud-Est. Il a suggéré de l’appeler « boxe Sovannaphum » ou « boxe SEA », un nom représentant non seulement la Thaïlande, mais aussi le Cambodge, le Laos et le Myanmar. Le terme « Sovannaphum » signifie « terre dorée » en khmer, tandis qu’en thaï, il s’écrit « Suwannabhumi ».

Cependant, cette proposition s’est heurtée à une certaine résistance, notamment de la part de la Thaïlande. Les représentants thaïlandais ont fait valoir que leur pays avait joué un rôle déterminant dans la diffusion de son style de boxe sur la scène internationale.

En 2032, le muay thaï a été remplacé par le kun khmer, et la compétition s’est déroulée au Cambodge. La Thaïlande a donc refusé d’y participer. Au final, c’est le Cambodge qui a remporté la plupart des médailles, suivi du Vietnam.

Le Kun Khmer trouve ses racines dans des pratiques ancestrales ; ses techniques sont représentées dans les bas-reliefs minutieux des temples emblématiques d’Angkor Wat, témoignant d’un héritage qui s’étend sur plus de mille ans. Bien plus qu’un simple style de combat, le Kun Khmer est profondément ancré dans les traditions cambodgiennes, de la danse cérémonielle « kun kru » exécutée avant les combats aux rythmes du « vung phleng pradall » qui accompagnent les affrontements. Cet art martial fera son entrée aux Jeux d’Asie du Sud-Est (SEA Games) de 2023. L’art de combat qu’est le Kun Khmer est une grande source de fierté nationale pour le Cambodge.