Wai Kru

Wai Kru Ram Muay : la danse du Muay Thai

Le muay thaï est imprégné de tradition, de culture et d’honneur. Le wai kru en est un excellent exemple. 

En Thaïlande, le « wai » (ไหว้) est une forme de salutation et de respect. « Kru » (ครู) signifie « professeur » en thaï. Ainsi, le « wai kru » est une manière de rendre hommage au professeur. 

Dans la culture thaïlandaise, on accorde une grande importance aux enseignants. Bien que ce ne soit pas le métier le mieux rémunéré du pays, c’est une profession très respectée. Les enseignants sont écoutés et traités avec déférence. 

Dans le muay thaï, l’hommage rendu au maître s’exprime à travers le « wai kru ram muay » (ไหว้ครูรำมวย). Il s’agit d’une danse cérémonielle qui rend hommage au maître des athlètes, à leur pays, à leur religion et à leurs proches. 

Wai Kru lors de la Journée du Muay Thai 2023
Wai Kru

Le rituel

Les boxeurs entament ce rituel une fois montés sur le ring. Après avoir retiré leur peignoir, ils partent de leur coin et « scellent » le ring. Pour ce faire, le boxeur fait le tour du ring, la main posée sur la corde supérieure. À chaque coin, le combattant s’incline et fait une petite prière. L’idée est d’empêcher les mauvais esprits d’entrer et cela permet à l’athlète d’avoir le temps d’inspecter le tapis. Cela peut s’avérer particulièrement utile pour repérer les taches d’humidité, les bosses sur le tapis et d’autres anomalies. 

Une fois le ring fermé, le boxeur entame le « ram muay ». Il existe plusieurs variantes de cette danse, décrites ci-dessous. Traditionnellement, le camp d’entraînement d’un combattant enseignait le « wai kru », une danse propre à chaque club. On considérait que la capacité d’un boxeur à danser était liée à ses capacités au combat. 

Cette danse s’est standardisée au fil du temps. Pour commencer, le nak muay effectue trois petits cercles en direction du centre du ring. Ce faisant, il médite sur ses proches, son club, son entraîneur et la raison pour laquelle il se trouve dans l’arène. Il s’agenouille ensuite pour s’incliner à trois reprises. Une main descend lorsque l’athlète se prosterne, suivie de l’autre. Le boxeur se redresse ensuite et répète le mouvement. Il s’incline dans les quatre points cardinaux. 

Une fois ce mouvement terminé, le boxeur se relève et se dirige vers le centre du ring. En général, il effectue à nouveau trois pas. L’athlète lève une jambe et avance en effectuant un mouvement ample du bras. Il effectue ensuite le pas suivant. Une fois arrivé au niveau des cordes, le boxeur croise les bras, puis effectue un mouvement ample vers l’arrière pour revenir vers le centre.

Le boxeur parcourt les quatre points cardinaux. À la fin, il revient au centre du ring, puis regagne son coin en reculant. 

À leurs côtés se tiendra leur entraîneur, ou bien souvent le responsable du club, ou encore une personnalité locale influente et haut placée. C’est cette personne qui retirera le mongkon. 

Le bandeau cérémoniel que portent les combattants de muay thaï avant le combat. Cet accessoire leur est remis par leur club ou leur entraîneur. Il est souvent béni au temple local. La coiffe est ornée d’amulettes, de morceaux de tissu ou d’autres objets à valeur sentimentale. Comme elle est portée sur la tête, partie du corps considérée comme sacrée dans la culture thaïlandaise, le mongkon ne doit pas être posé par terre. 

Le coin priera pour l’athlète et lui donnera sa bénédiction. On retire le mongkon, on met le protège-dents en place, et la cérémonie est terminée. 

Pendant cette phase, qui peut durer plusieurs minutes, le groupe joue. Il s’agit d’un trio composé d’un hautbois (pi), d’une batterie et de cymbales. Le tempo de la musique du Muay Thai est lent, ce qui laisse aux athlètes tout le temps nécessaire pour s’échauffer. Lorsque le combat commence, les musiciens accélèrent le rythme de leur morceau pour encourager les athlètes. On trouve des groupes aussi bien lors de petits spectacles que dans les grands stades. Au Rajadmanern, les musiciens sont installés près de l’arbre doré, symbole du stade et de la région. 

Bénédiction du Wai Kru

Variantes du Wai Kru Ram Muay

Il existe de nombreuses variantes du wai kru. Certaines méritent particulièrement d’être mentionnées. Nong Toom, une boxeuse transgenre, pratiquait une version dans laquelle elle se maquillait. Après la prosternation initiale, elle ouvrait la paume de sa main et faisait semblant de se poudrer le visage. Elle mimait également le geste de se regarder dans un miroir pour vérifier sa beauté. De nombreuses combattantes et combattants efféminés pratiquent des variantes de cette « danse du maquillage ».

La version du célèbre combattant Buakaw Banchamek consistait à tirer une flèche sur son adversaire. Vers la fin de la danse, le champion du Thai Fight mimait le geste de retirer une flèche de son carquois. Il tirait en levant la jambe d’appui puis en l’abattant violemment au moment où la flèche partait. Buakaw regardait alors s’il avait atteint la cible. Trois flèches étaient tirées, et le combattant en ratait les deux premières. À la dernière, il hochait la tête, reconnaissant que son tir avait atteint sa cible. Les boxeurs les plus malins faisaient semblant d’esquiver la flèche, ou l’attrapaient pour la briser sur leur genou.

Le combattant occidental John Wayne Parr effectuait un wai kru similaire à celui de Buakaw. Lorsqu’il ratait sa cible à deux reprises, il mimait le geste de sortir un pistolet de son étui puis de tirer. Ce geste faisait référence à son surnom, John Wayne, célèbre héros des westerns spaghetti. 

D’autres athlètes, comme Yoddoy Kaewsamrit, font semblant d’attraper des grenouilles pendant leur wai kru. Le boxeur lance un filet sur le ring, puis se met à sautiller en faisant semblant d’attraper les animaux. Les grenouilles sont souvent consommées en Thaïlande, notamment dans l’Isaan. C’est de cette région rurale du nord-est que sont originaires de nombreux boxeurs.

Namsaknoi Yudthagarngamtom, célèbre champion du Lumpinee, est particulièrement connu pour son « wai kru ram muay ». Ancien coéquipier de Buakaw, il a remporté à deux reprises le prix du meilleur « wai kru ram muay ». L’Autorité thaïlandaise des sports, l’instance dirigeante de ce sport, lui a décerné ce prix en 2001 et en 2006. Ses longues danses pouvaient durer jusqu’à quinze minutes. 

Le Wai Kru à l’époque moderne

Les temps changent, tout comme les traditions. De nombreuses cartes de combat ne comportent plus la danse traditionnelle, car celle-ci prend trop de temps. C’est particulièrement vrai pour les émissions télévisées telles que Max Muay Thai ou Superchamp. Dans ces émissions de divertissement, les boxeurs scellent le ring avant d’entamer le combat. D’autres organisations, comme ONE Championship, ont carrément supprimé cette étape. La musique traditionnelle a également été supprimée. 

De nombreux athlètes défileront sur le ring en portant leur mongkon afin de rendre hommage à la patrie de ce sport et à leurs entraîneurs. Certaines émissions télévisées, comme « Thai Fight », perpétuent encore cette tradition. Cet événement s’adresse aux ressortissants thaïlandais et est considéré comme un événement culturel.

Le « wai kru ram muay » est toujours pratiqué et enseigné aussi bien aux jeunes athlètes qu’aux adultes. Récemment, la WBC aux États-Unis a organisé un séminaire destiné aux jeunes athlètes afin de leur apprendre le « wai kru ». De nombreux stades, tels que l’Omnoi et le Rajadamnern, perpétuent également cette tradition.