Tatouages de muay thaï

Tatouages de Muay Thai : Sak Yant

Dans les arènes de Bangkok, en Thaïlande, on voit souvent les corps couverts de tatouages des boxeurs thaïlandais chevronnés. Ces combattants de muay thaï s’affirment pleinement dans leur identité et tirent une grande fierté du titre de « Nak Muay ». Une partie de cette identité réside non seulement dans la confiance en soi, mais aussi dans le mysticisme profondément ancré dans la culture thaïlandaise. Cela se traduit souvent par des rituels d’avant-combat, consistant à déposer des offrandes à Bouddha dans des sanctuaires à travers tout le pays, à faire bénir leurs salles d’entraînement et leurs mongkon par des moines, mais aussi par les tatouages traditionnels en bambou du Muay Thai. 

Tatouage Sak Yant

Qu’est-ce qu’un Sak Yant ?

On les appelle « Sak Yant » : « Sak » signifie « tatouage » et « Yant » est la prononciation thaïlandaise du mot « Yantra », qui désigne un diagramme à connotation religieuse utilisé dans la méditation et que les Nak Muay se font tatouer dans le cadre de la pratique du Muay Thai.

Ces tatouages traditionnels ne constituent pas seulement une belle décoration, mais revêtent également une symbolique puissante au sein de la communauté thaïlandaise. Ils trouvent leur origine dans le bouddhisme thaïlandais mystique, connu sous le nom de « bouddhisme théravada tantrique », une branche du bouddhisme qui mêle pratiques magiques et rituelles afin de progresser vers l’illumination bouddhiste. La pratique du Theravada tantrique fait appel à un langage sacré et à des mantras, ainsi qu’à une magie protectrice liée à la chance, à la longévité, à la force, au courage, et bien plus encore. 

On estime que la pratique des tatouages au bambou, et plus particulièrement des « Sak Yants », remonte à près de 2 000 ans ; cependant, la première mention confirmée de cette pratique ne date que du XVIIe siècle, époque à laquelle les guerriers thaïlandais (le Siam de l’époque) se faisaient tatouer des « Sak Yants » afin de se protéger lorsqu’ils partaient au combat.  

Il existe une multitude de variantes différentes du Sak Yant, dont la popularité, bien qu’initialement ancrée en Thaïlande, s’est étendue à toute l’Asie du Sud-Est, jusqu’en Indonésie et aux Philippines au sud, les Sak Yants n’étant pas rares dans les pays voisins que sont le Laos, le Cambodge et la Birmanie. Cette popularité a connu un essor fulgurant au cours des 20 dernières années, de nombreux athlètes étrangers pratiquant des sports de combat arborant ces tatouages mystiques, du célèbre boxeur thaï australien John Wayne Parr au poids lourd de l’UFC Cyril Gane.

Types de Sak Yant – Tatouages de Muay Thai

Comme mentionné précédemment, il existe d’innombrables variantes de Sak Yant, mais la plupart d’entre elles comportent trois éléments clés : le yantra, le texte en pali et le mantra associé. Vous trouverez ci-dessous les motifs les plus courants que l’on retrouve parmi les tatouages de muay thaï chez les combattants :

Hah Taew (les 5 lignes sacrées)

Hah Taew
HAH TAEW

Le « Taew », sans doute le Sak Yant le plus répandu, se retrouve tatoué partout dans le monde, que ce soit sur des combattants étrangers de muay thaï, des célébrités ou des personnes ayant voyagé en Thaïlande. 

Chacune des cinq lignes revêt une signification particulière, chacune étant censée jeter un sort à son propriétaire. La première ligne éloigne les mauvais esprits, la deuxième éloigne la malchance, la troisième protège contre la magie noire et les malédictions, la quatrième apporte chance et énergie positive, et la cinquième renforce le charisme.

Yant Suea

Yant Suea
YANT SUEA

Le « Sak Yant du tigre », appelé « Yant Suea », est sans doute le plus répandu parmi les combattants de muay thaï. Ce tatouage est entouré de légendes ; on croit qu’il allume un feu au plus profond de celui qui le porte. C’est un symbole de force, de puissance, de protection, de conviction et d’autorité. C’est un tatouage courant chez les Thaïlandais exerçant un métier dangereux, ainsi que chez de nombreux combattants de muay thaï. Les « Tigres jumeaux » confèrent le plus haut niveau de puissance parmi tous les tatouages « Sak Yant ». 

Gao Yord (Les 9 Sommets)

Gao Yord
GAO YORD

Le bouddhisme accorde une grande importance au chiffre neuf, le trois étant un chiffre sacré et le neuf représentant trois fois trois. Le motif de base symbolise les neuf sommets du mont Meru, demeure des dieux. Les trois ovales sur chaque sommet représentent Bouddha. Ce regroupement de triplets d’ovales se retrouve dans une multitude d’autres Sak Yants. L’écriture du Gao Yord comprend le khom, une ancienne écriture khmère. Au centre des sommets se trouve la « boîte magique », composée d’un certain nombre de petits carrés, dont certains ne montrent pas les carrés eux-mêmes, mais uniquement l’écriture.

Chaque boîte contient un symbole Khom, chacun conférant à son propriétaire un sortilège protecteur allant du « Kong Kra Phan », qui confère une invincibilité magique, au « Pong Gan Antarai », qui protège contre la violence, les accidents et les catastrophes naturelles. le Gao Yord est très populaire parmi les combattants de Muay Thai ; il est souvent tatoué sur le haut du dos, sa partie supérieure s’étendant jusqu’à la base du cou.

Paed Tidt (Yant à 8 directions)

Paed Tidt
PAED TIDT

Le Paed Tidt, ou « les huit directions », est un yant au motif géométrique, formé d’un cercle contenant huit mantras et huit représentations de Bouddha en forme de triple ovale. Il symbolise les huit représentations de Bouddha, à raison d’une pour chaque jour de la semaine et de deux pour le mercredi. Ces huit représentations de Bouddha sont présentes dans les temples bouddhistes du monde entier. On dit que le Paed Tidt, en partie grâce à sa forme circulaire, offre une protection lors des déplacements dans toutes les directions et éloigne les mauvais esprits.

Prachao Ha Praong

Prachao Ha Praong
PRACHAO HA PRAONG

« Prachao Ha Praong » signifie « les cinq bénédictions du Bouddha ». Bien qu’il s’agisse du moins connu des cinq sak yants présentés dans cet article, ce motif est considéré comme l’un des plus fondamentaux et des plus significatifs. On retrouve ce motif dans les temples bouddhistes, dans la littérature et tatoué sur le corps des moines dans toute la Thaïlande. Se faire tatouer ce motif apporte chance, bonheur, protection contre les mauvais esprits et améliore le bien-être général. 

Procédure à suivre pour se faire tatouer un sak yant

Traditionnellement, le combattant s’adressait au moine chargé de réaliser le tatouage ; celui-ci lisait l’aura du combattant et décidait du motif et de l’emplacement qui lui convenaient le mieux. Cependant, cette tradition est de moins en moins pratiquée, les gens choisissant eux-mêmes leur motif et l’emplacement. Les moines considèrent en effet que si la personne sait déjà quel motif et quel emplacement elle souhaite, c’est que Bouddha en a déjà décidé ainsi.

Ces tatouages sont réalisés selon une tradition ancestrale consistant à utiliser une aiguille fine solidement fixée à un mince morceau de bambou et maintenue en place par du coton fin. L’aiguille est trempée dans de l’encre, puis tapotée délicatement contre la peau pour tracer le motif. Contrairement aux tatouages classiques réalisés à l’aide d’une machine à tatouer, cette fine aiguille ne déchire pas la peau : elle ne fait que de petites perforations. Il en résulte donc nettement moins de saignement et le tatouage ne forme pratiquement pas de croûte, ce qui accélère considérablement le processus de cicatrisation.

Une fois le tatouage réalisé, il est béni par un moine ; toutefois, à l’heure actuelle, comme de nombreuses personnes se font tatouer dans des salons de tatouage modernes, les Sak Yants peuvent être bénis a posteriori : il suffit de faire une offrande à un temple pour que les moines accomplissent le rituel de bénédiction. 

Règles de conduite à respecter après s’être fait tatouer un « Sak Yant »

Comme pour tout ce qui touche aux enseignements du Bouddha ou à son imagerie, il est admis qu’après l’application et la bénédiction d’un Sak Yant, le porteur devra respecter un certain nombre de règles à l’avenir. Ces règles sont les suivantes : Ne pas tuer, ne pas voler, ne pas convoiter le partenaire d’autrui ni être infidèle au sien, ne pas mentir, ne pas s’enivrer, ne pas insulter sa mère.

Ces règles relatives aux tatouages Sak Yant doivent être prises avec un peu de recul ; les plus importantes ne s’écartent pas trop des normes morales admises dans le monde occidental et peuvent être assez faciles à respecter. Il est toutefois important, lorsque l’on envisage de se faire tatouer un Sak Yant, de prendre en compte les implications culturelles qui y sont associées.