Changpuek Kiatsongrit : la légende du « low kick » | Biographie et combats
Changpuek Kiatsongrit a fait connaître le muay thaï au monde entier dans les années 1980 et 1990, démontrant toute sa puissance en affrontant des adversaires étrangers plus imposants, souvent selon des règles adaptées qui mettaient à l’épreuve la capacité d’adaptation de cet art martial.
Sept fois champion du monde, il a battu des combattants tels que Raktae Muangsurin, Krongsak Prakong Boranrat et Rob Kaman. Sa victoire de 1988 face à Rick Roufus a bouleversé les idées reçues sur l’efficacité du kick-boxing américain et est devenue un tournant dans l’histoire des sports de combat.
| Nom : | Changpuek Kiatsongrit |
| Nom thaï : | Somchai Robkaen |
| Nom de naissance : | Somchai Ropkwaen |
| Date de naissance : | 13 octobre 1966 |
| Surnom : | Éléphant blanc |
| Hauteur : | 175 cm (5 pieds 9 pouces) |
| Catégorie de poids : | Poids moyens, poids mi-lourds, poids croisiers, poids lourds |
| Profession : | Muay Thai |
| Position : | Gaucher |

Les débuts en muay thaï
Changpuek Kiatsongrit est né à Buriram, une province rurale du nord-est de la Thaïlande. Issu d’une famille de sept personnes, il s’est entraîné avec ses frères sous la houlette de son père. À 14 ans, inspiré par les combattants de son village, il a disputé son premier combat lors d’un festival local.
À 18 ans, il s’est installé à Bangkok pour rejoindre le Kiatsongrit Gym, où il a fait ses débuts au stade Rajadamnern dans la catégorie des 108 livres (49 kg).
Au fil de sa carrière, il a battu certains des meilleurs combattants thaïlandais, même si beaucoup d’entre eux étaient déjà en fin de carrière.
En 1987, Changpuek a affronté Payap Premchai, champion du Rajadamnern, lors d’un combat à handicap où les coups de pied de Payap étaient interdits. Une infraction commise au quatrième round a entraîné la disqualification de Payap, ce qui a donné lieu à un match revanche l’année suivante, disputé selon les règles complètes du muay thaï.
Changpuek a mis Payap K.O. d’un low kick dès le premier round.
Plus tard cette année-là, Changpuek a affronté Raktae Muangsurin, un ancien champion des poids légers du stade Rajadamnern, réputé pour la puissance de son droit. Raktae avait mis Changpuek K.O. l’année précédente au stade de Rangsit, mais cette fois-ci, Changpuek a pris sa revanche en remportant la victoire aux points lors de leur revanche.
Après sa victoire contre Raktae, Changpuek a battu « The Professor » Krongsak Prakong Boranrat à Ubon Ratchathani, mais a perdu leur revanche à Bangkok, qui fut le dernier combat de Krongsak contre un Thaïlandais avant son départ pour l’Europe. Ces premiers combats contre des adversaires d’élite ont permis à Changpuek d’affiner ses compétences tactiques et sa résistance physique, le préparant ainsi à la scène internationale.
Faire son entrée sur la scène internationale
Au début de la vingtaine, Changpuek s’est retrouvé confronté à des perspectives limitées en Thaïlande, où la plupart des combattants évoluaient dans des catégories de poids inférieures. Avec ses 70 kg (154 livres), il s’est tourné vers le circuit international, où sa carrure et ses compétences ont fait de lui un représentant hors du commun du muay thaï.
En 1988, il a affronté le champion américain de kick-boxing Rick Roufus à Las Vegas, dans le cadre d’un règlement mixte destiné à déterminer quel art martial était le plus performant. Ce règlement autorisait les coups de pied bas, une technique emblématique du muay thaï, mais interdisait le corps à corps, les coups de coude et les coups de genou.
À 22 ans, Changpuek était relativement peu connu en dehors de la Thaïlande lorsqu’il a affronté Rick Roufus, une star américaine du kick-boxing âgée de 23 ans et affichant un palmarès invaincu de 28 victoires pour aucune défaite.
Dès le début du combat, Roufus a mis Changpuek au tapis d’un coup de poing gauche fulgurant qui lui a cassé la mâchoire. Changpuek s’est relevé avant la fin du compte de huit et, malgré des jambes qui flageolaient, a déchaîné une rafale de coups de pied bas d’enfer qui ont complètement renversé la situation en sa faveur. Roufus, pris au dépourvu par la puissance de ces coups, n’a pas pu continuer, ce qui a entraîné un TKO au troisième round.
Cette défaite fracassante a démoralisé Roufus. Après s’être battu devant le public américain, il a été transporté d’urgence à l’hôpital, les jambes en piteux état. Pour Changpuek, ce fut une démonstration triomphale de la puissance du muay thaï et une occasion de faire connaître ce sport au monde entier.
Rivalités légendaires
Rob Kaman (Pays-Bas)
La rivalité entre Changpuek et Rob Kaman, icône néerlandaise du kick-boxing surnommé « Mr. Low Kick », est devenue l’une des plus marquantes de l’histoire du muay thaï. Réputé pour ses attaques dévastatrices aux jambes et son droit mortel, Kaman était un combattant aguerri de 29 ans qui avait affronté de nombreux adversaires d’élite, tant thaïlandais qu’étrangers.
La rivalité a débuté en décembre 1989 à Paris, où Changpuek s’est imposé aux points. Il a multiplié les coups de pied moyens du gauche aux bras et aux côtes de Kaman, et bien que ce dernier se soit adapté en ripostant par des coups de pied coupants dans les derniers rounds, cela n’a pas suffi à convaincre les juges.
En février 1990, leur deuxième combat, disputé lors de la rencontre « Pays-Bas contre Thaïlande » à Amsterdam, s’est terminé brusquement au cinquième round lorsque les deux boxeurs ont échangé simultanément des crochets du gauche. Kaman est resté debout tandis que Changpuek a été compté hors combat, ce qui a permis à Kaman de remporter le titre mondial vacant de l’IMTF dans la catégorie poids mi-lourds (-79 kg) devant son public.
Les deux hommes se sont à nouveau affrontés le 24 avril 1990, lors de la soirée « Holland Goes to Thailand » organisée au stade Lumpinee de Bangkok.
Changpuek a pris sa revanche sur sa défaite précédente en remportant le combat aux points, récupérant ainsi le titre mondial I.M.T.F. des poids mi-lourds.
Leur dernière confrontation a eu lieu en décembre 1993 lors des quarts de finale du Grand Prix K-2 au Japon, où Changpuek s’est imposé à l’unanimité des juges, mettant ainsi un point final à leur rivalité avec un bilan de 3 victoires à 1 en sa faveur.
Stéphane Nikiéma (France)
La rivalité entre Changpuek et Stéphane Nikiéma, un spécialiste français du muay khao mesurant 187 cm, s’est étendue sur trois combats. Lors de leur première rencontre à Bangkok en 1992, Changpuek s’était imposé par KO au quatrième round grâce à un low kick, un exploit qu’il a réitéré lors de l’événement organisé en Thaïlande à l’occasion de l’anniversaire du roi en 1993, en mettant Nikiéma KO devant le roi de Thaïlande.
La trilogie s’est achevée en 1997 lors d’un gala de muay-thaï à Paris. Cette fois-ci, Nikiéma a pris sa revanche sur ses défaites précédentes en remportant le combat par K.O. au troisième round grâce à ses coups de poing, marquant ainsi un moment de rédemption pour le Français.
Caractéristiques de combat
Le style de Changpuek reposait sur ses coups puissants et ses coups de pied bas. Dans les années 1990 et au début des années 2000, de nombreux combattants occidentaux manquaient d’expérience face aux coups de pied bas en raison des règles de leur discipline, une faiblesse que Changpuek exploitait avec brio. Des combattants comme « The Lumberjack » Somsong Kiathoranee ont adopté un style et une stratégie similaires, utilisant leurs coups de pied bas d’une puissance hors du commun pour venir à bout d’adversaires tels que Stéphane Nikiéma, Joe Prestia et David Humphreys.
Même si de nombreux étrangers n’étaient pas préparés à ses coups de pied, les victoires de Changpuek en Thaïlande ont démontré que son talent allait bien au-delà de cet avantage.
Alors que des combattants comme Buakaw Banchamek ont par la suite perfectionné un style plus technique et plus solide sur le plan défensif, l’approche brute et agressive de Changpuek a ouvert la voie aux combattants thaïlandais sur la scène internationale. Des successeurs tels que Kaoklai Kaennorsing, avec son agressivité brute, et Kaew Weerasakreck, au style plus technique mais tout aussi agressif, ont suivi ses traces dans le cadre de règles modifiées.
Fin de carrière et héritage
À partir de 1994, la carrière de Changpuek a pris un tournant difficile. S’il restait un combattant redoutable — remportant des victoires lors de tournois K-1 —, il est également devenu plus vulnérable aux K.O. Ses défaites retentissantes face à Ernesto Hoost, Ivan Hippolyte, Andy Hug et Branko Cikatić reflétaient les séquelles de plus de 300 combats et le niveau d’élite de ses adversaires.
Malgré les défaites successives qu’il a essuyées vers la fin de sa carrière, c’est l’audace de Changpuek et sa volonté d’affronter des adversaires plus redoutables qui ont marqué son héritage.