Nai Khanom Tom : le père du muay thaï
Qui est Nai Khanom Tom, le père du muay thaï ? C’est une figure légendaire de l’histoire de la Thaïlande et du muay thaï. Il était un expert du muay boran, la forme ancienne du muay thaï, souvent utilisée sur les champs de bataille.
Nai Khanom Tom est une figure emblématique à qui l’on a érigé des statues dans toute la Thaïlande et à qui l’on consacre même une journée nationale, le 17 mars. Cet athlète et combattant jouit d’une telle renommée que des légendes du muay thaï, comme Rodtang Jitmuangnon, le citent tous deux comme l’une de leurs plus grandes sources d’inspiration.
La légende de Nai Khanom Tom
Nai Khanom Tom, considéré comme le patriarche du muay thaï, est une figure emblématique dans les annales de l’histoire de cet art martial. Sa légende est intimement liée au contexte tumultueux de la deuxième guerre birmano-siamoise (1765-1767), au cours de laquelle il fut fait prisonnier par l’armée birmane.
Au cours de cette période, le roi Mangra de Birmanie organisa une grande fête pour commémorer la construction d’un nouveau temple bouddhiste. Dans le cadre de cette célébration, un spectacle fascinant eut lieu lorsque Mangra fit s’affronter l’un de ses meilleurs combattants birmans et le redoutable boxeur thaïlandais, Nai Khanom Tom. Avant le début du combat, Nai Khanom Tom exécuta une danse complexe, précurseur du Wai Kru moderne, qui s’est perpétuée à travers les âges. Ses mouvements rythmés envahissaient l’arène, accompagnés d’une prière fervente.
Dans une démonstration étonnante de ses talents, Nai Khanom Tom a vaincu sans peine son adversaire birman. Cependant, l’arbitre du combat a invalidé la victoire, l’attribuant à la prétendue distraction causée par la danse et la prière. Sans se laisser décourager, Nai Khanom Tom s’est courageusement lancé dans une série de combats contre neuf autres adversaires birmans, les battant tous, y compris un champion régional de kick-boxing très réputé. C’est sa maîtrise dans l’enchaînement des coups de poing, des coups de pied, des coups de coude et des coups de genou qui a scellé son triomphe.
Dans un écho qui résonne à travers les âges, le roi Mangra s’est exclamé : « Chaque partie du corps du Thaïlandais est imprégnée de venin ; même à mains nues, il peut terrasser dix adversaires. »
Reconnaissant ses talents exceptionnels, le roi Mangra accorda sa liberté à Nai Khanom Tom et lui proposa, en guise de récompense, de choisir entre la richesse et plusieurs épouses. Optant pour cette dernière option, Nai Khanom Tom, figure emblématique du Muay Boran, fit remarquer avec humour que la richesse pouvait s’acquérir à tout moment.
Bien qu’il existe différentes versions de ce récit, l’histoire de Nai Khanom Tom constitue la pierre angulaire sur laquelle repose l’origine du muay thaï. Une commémoration annuelle en son honneur et de nombreuses statues érigées à travers toute la Thaïlande témoignent de son héritage durable. Il est sans aucun doute la figure emblématique par excellence parmi le panthéon des légendes du muay thaï.
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Qu’est-ce que le Muay Boran ?
Le Muay Boran est l’ancêtre du Muay Thai moderne ; il englobe un éventail plus large de techniques et de stratégies martiales développées pour le combat et la survie dans des contextes historiques. Le Muay Boran est un terme générique désignant l’ensemble des arts martiaux pratiqués en Thaïlande avant le XXe siècle.
Le Muay Boran regroupe divers styles, tels que le Muay Korat, le Muay Lopburi, le Krabi Krabong et le Muay Chaiya, entre autres.
Le Muay Boran, parfois appelé simplement « Boran », est une forme ancienne et traditionnelle d’arts martiaux thaïlandais qui précède le Muay Thai moderne en tant que sport. Le Muay Boran englobe un large éventail de techniques, notamment des frappes, des prises au sol, des projections et des clés articulaires. Ses racines historiques remontent à l’art de la guerre et à l’autodéfense, puisqu’il a été développé et pratiqué par les guerriers thaïlandais pendant des siècles.
Le terme « Muay Boran » signifie « boxe ancienne » ou « boxe traditionnelle » en thaï. À l’origine, cette discipline était destinée au combat et à la survie sur le champ de bataille, où les soldats avaient besoin de compétences efficaces pour se défendre lors des combats au corps à corps. Au fil du temps, les techniques et les stratégies du Muay Boran ont évolué et ont été transmises de génération en génération.
Le Muay Boran s’est progressivement transformé en sport moderne, le Muay Thai, qui met l’accent sur la compétition et les aspects sportifs. Le Muay Thai a rationalisé et adapté de nombreuses techniques issues du Muay Boran pour en faire un sport de combat plus standardisé et réglementé, axé sur les frappes avec les poings, les coudes, les genoux et les tibias.
Le Grand Maître Chaisawat Tienviboon s’est récemment exprimé sur les différences entre le Muay Thai d’aujourd’hui et le Muay Boran. Dans une interview, il a déclaré :
« Les pratiquants de la vieille génération de Muay Boran apprenaient cet art pour le combat réel. Le combat de Muay Boran était un « combat sans merci ». Il n’y avait aucune règle. Pour apprendre le Muay Boran, un élève d’aujourd’hui doit s’efforcer d’assimiler chaque détail des techniques qui lui sont enseignées et étudier en profondeur tous les aspects de chaque mouvement. En effet, il doit sans cesse remonter aux racines originelles de tous les Mai Muay qu’il pratique. »
Les origines du muay thaï « boran » remontent à l’époque du royaume de Sukhothai, au XIIIe siècle ; les premières mentions écrites du « boran » datent en effet de cette période, même si ses origines remontent probablement à une époque encore plus lointaine.
Bien qu’ils présentent des similitudes, le Muay Thai et le Muay Boran possèdent des caractéristiques distinctes. Le muay thaï a évolué pour devenir un sport réglementé, doté de règles standardisées, avec l’introduction des gants et des rings dans les années 1900 sous l’égide du roi Rama VII. C’est à partir de ce moment-là que les sports de combat pratiqués en Thaïlande avant le XXe siècle ont été désignés sous le nom de muay boran.
Si le muay thaï et le boran trouvent tous deux leurs racines dans les traditions martiales, ils ont dépassé leurs origines militaires. Ces styles de combat sont devenus emblématiques de l’identité thaïlandaise, façonnant la vie d’individus issus de toutes les couches de la société, des monarques aux moines, des hommes aux femmes, et même des enfants, qui pratiquent tous le combat au corps à corps en Thaïlande.
Qu’est-ce que le Wai Kru ?
Le Wai Kru est une danse traditionnelle exécutée avant chaque combat de muay thaï et étroitement liée au bouddhisme. Il s’agit d’un geste de respect, d’hommage et de préparation mentale que les combattants accomplissent avant d’entrer sur le ring pour s’affronter. Le Wai Kru est profondément ancré dans la culture thaïlandaise et revêt une signification spirituelle.
Au cours du Wai Kru, les combattants rendent hommage à leurs professeurs, à leurs entraîneurs et à leurs ancêtres qui leur ont transmis leurs connaissances et leurs compétences. Ce rituel est également un moyen d’exprimer sa gratitude, de solliciter des bénédictions et de se concentrer mentalement avant le combat à venir. Les mouvements et gestes effectués lors du Wai Kru peuvent varier, mais ils consistent généralement en une série de gestes rituels, de prières et d’offrandes.
La légende raconte qu’autrefois, à l’époque du Muay Boran, lorsque les combats se déroulaient en plein air, cette pratique aidait également les combattants à évaluer la direction du vent et à déterminer la position du soleil dans le ciel. Elle constituait un avantage stratégique.
Il aide les combattants à se reconnecter à leur héritage en arts martiaux, à leur lignée et à l’esprit même de cet art. Ce rituel permet d’éveiller un sentiment de force, de détermination et d’honneur au moment où les combattants montent sur le ring. Dans le Muay Thai moderne, le Wai Kru est accompli au son d’une musique live.
Le muay thaï et le bouddhisme présentent d’autres éléments étroitement liés au bouddhisme et à la spiritualité, tels que le Pra Jiad, le Mongkon et le Sak Yant.
Le Mongkon est un accessoire vénéré que portent les combattants de Nak Muay avant leurs combats de muay thaï ; il est étroitement lié au bouddhisme thaïlandais. Sa signification réside dans sa capacité à apporter la chance, à protéger celui qui le porte pendant le combat et à lui insuffler une force intérieure. Ses racines historiques remontent à plusieurs siècles et reflètent l’héritage des guerriers thaïlandais.
Le « Pra Jiad », également appelé « brassards de Muay Thai », est un accessoire que les combattants de Muay Thai portent sur leurs biceps pendant les combats. Ancré dans le patrimoine thaïlandais et chargé d’une grande signification historique, le Pra Jiad symbolise le lien qui unit le combattant à sa famille ou à son club. Ces brassards sont souvent bénis par des moines bouddhistes et, tout comme le Mongkon (bandeau), ils doivent être traités avec respect : ils ne doivent pas toucher le sol ni être croisés. Conçus pour porter chance, ils peuvent être portés pendant les combats.
Un tatouage Sak Yant est un tatouage sacré et rituel, réalisé et béni par des moines bouddhistes. Ce tatouage revêt une grande signification spirituelle et s’obtient au terme d’un processus cérémoniel qui comprend un Wai Kru avant le début de la séance de tatouage.
Les adeptes de Nai Khanom Tom
Nai Khanom Tom reste une source d’inspiration pour les Nak Muays. Le champion du monde ONE de muay thaï dans la catégorie poids mouches, « The Iron Man » Rodtang Jitmuangnon, véritable superstar des sports de combat, a évoqué ses plus grandes sources d’inspiration. Il a déclaré :
« La légende ou la personne que j’admire, c’est Nai Khanom Tom, l’un des boxeurs légendaires de Thaïlande, et l’autre personne, c’est Buakaw, qui m’inspire dans la boxe [thaïlandaise]. »
Apidej Sit-Hirun, entraîneur en chef du club Fairtex, a expliqué lors d’une interview comment, en Thaïlande, on enseigne à chaque enfant, dès son plus jeune âge, la légende de Nai Khanom Tom. Il a déclaré :
« Quand j’ai suivi des cours d’histoire à l’école, j’ai découvert l’histoire d’un boxeur thaïlandais nommé Nai Khanom-Tom. Il était prisonnier de guerre en Birmanie, mais lorsque les Birmans ont appris qu’il pratiquait le muay thaï, ils l’ont autorisé à affronter des combattants birmans. Nai Khanom-Tom a remporté le combat et les Birmans l’ont libéré. »
L’héritage de Nai Khanom Tom reste un témoignage intemporel de l’esprit, du savoir-faire et de la résilience du muay thaï. Grâce à ses victoires remarquables remportées face à l’adversité, il a non seulement obtenu sa liberté, mais il a également inscrit son nom dans les annales de l’histoire des arts martiaux. Nai Khanom Tom a inspiré des générations de combattants.