Muay Tha Sao

Muay Tha Sao – La boxe des « pieds de singe »

Le Muay Tha Sao est l’une des formes les plus mystérieuses du Muay Boran. Il s’agit d’un art martial ancestral originaire du nord de la Thaïlande. Ses techniques ont été jalousement gardées comme un secret de famille pendant des siècles.

Les techniques du Muay Tha Sao, qui signifie « boxe des pieds de singe », n’ont été transmises qu’à certains membres de la famille autorisés, parmi lesquels figuraient toutefois des personnalités d’une importance capitale pour la souveraineté de la Thaïlande en tant que nation. L’un de ses élèves les plus célèbres fut Phraya Phichai : la légende de l’épée brisée.

Le Muay Boran est l’ancien nom des arts martiaux thaïlandais, avant que le Muay Thai ne s’impose comme la norme dans les sports de combat. Le Muay Boran se décline en de nombreux styles, propres aux régions d’où il est issu. Chacun d’entre eux est unique par son style et ses règles. Dans les années 1930, le Muay Thai a été officialisé avec des règles universelles ; tout ce qui existait avant cette date était considéré comme du Muay Boran.

Qu’est-ce que le Muay Tha Sao ?

Le Muay Tha Sao est une forme particulière de Muay Boran originaire du nord de la Thaïlande. Il a vu le jour pendant la période d’Ayutthaya, vers les années 1300, dans la province d’Uttaradit. Fondé par Kru Mek, ce style a considérablement évolué au fil des siècles. Phraya Phichai, déjà mentionné, a joué un rôle clé dans son développement.

Les combattants de Muay Tha Sao sont réputés pour la rapidité de leurs coups de pied et la polyvalence de leurs déplacements, d’où le nom de « boxe aux pieds de singe ». Ils s’adaptent rapidement aux changements de situation au cours d’un combat, en gardant les protège-bras en position haute pour se défendre. Cette discipline vise à mettre l’adversaire hors de combat le plus rapidement possible, ses attaques ciblant les points faibles du corps.

Position « Muay Tha Sao »

Entraînement au Muay Tha Sao

Le programme d’entraînement du Muay Tha Sao est rigoureux et sélectif : on ne laisse pas n’importe qui s’y essayer. Il faut déposer une candidature et être accepté. Le style de combat Muay Boran met l’accent sur le dévouement de l’élève à la maîtrise de cet art.

Le « coup de pied au bananier », que l’on voit souvent dans de nombreuses vidéos de muay thaï, est une technique d’entraînement visant à renforcer la résistance et la souplesse du tibia.

Le style Muay Tha Sao comprend 24 mouvements distincts, regroupés en « Mae Mais » : il s’agit de techniques avancées. À cela s’ajoutent de nombreux « Look Mais », qui sont des mouvements plus simples. Cette combinaison de techniques vise à attaquer les points faibles de l’adversaire, ce qui rend chaque mouvement du Muay Tha Sao ciblé et efficace en situation de combat réel. Son objectif est de neutraliser l’adversaire avec une précision mortelle.

Dans le style Muay Tha Sao, plusieurs techniques clés illustrent son approche stratégique et dynamique du combat. L’une des positions les plus remarquables est celle du « Tai Mek » (l’ascension à travers les nuages), dans laquelle les combattants lèvent lentement leurs poings en effectuant un mouvement circulaire, symbolisant ainsi une ascension à travers les nuages.

Une autre technique caractéristique est le « Nakha Sabat Hang » (le serpent qui fouette sa queue). Ce mouvement s’exécute immédiatement après un coup de poing : le combattant se penche en arrière et donne rapidement un coup de pied. Ce geste rappelle l’attaque rapide et inattendue d’un serpent.

La technique du « Tae Liang Bon » (coup de pied haut) consiste en une série de coups de pied hauts enchaînés visant le cou de l’adversaire. Ce mouvement est particulièrement efficace contre les adversaires plus grands, car il transforme leur avantage de taille en point faible.

L’héritage de ce style a été perpétué par plusieurs pratiquants de renom, descendants de Kru Mek, qui en ont soigneusement gardé les secrets. Kru Toh, né en 1897, était réputé pour la puissance de ses coups de poing et la rapidité de ses coups de pied. Kru Plong, surnommé le « Nak Muay aux pieds agiles », était considéré comme le plus doué de sa génération. Kru Rit, auteur de nombreuses victoires à Bangkok, était un adversaire redoutable. Kru Phae était une figure incontournable et a démontré la puissance de ce style. Kru Ploy, formé par Kru Plong, a fait preuve d’une agilité exceptionnelle avant de mourir prématurément à l’âge de 24 ans.

Malgré son déclin après la mort de Kru Plong en 1979, l’héritage du Muay Tha Sao perdure grâce à un petit cercle d’enseignants et de pratiquants dévoués. Aujourd’hui, le Muay Tha Sao n’est pas seulement un art martial, mais un véritable patrimoine culturel, qui incarne des siècles d’histoire thaïlandaise et de philosophie martiale.

Boxe « Monkey Feet »

La philosophie du Muay Tha Sao

La philosophie du Muay Tha Sao repose sur l’efficacité au combat. Contrairement à d’autres styles qui peuvent privilégier le score lors d’un combat, le Muay Tha Sao met l’accent sur l’efficacité réelle au combat. La philosophie de ce style est intransigeante au combat : elle cherche toujours à exploiter les faiblesses ou les erreurs de l’adversaire pour remporter une victoire rapide. Cette approche met l’accent sur l’action stratégique et décisive.

Il met l’accent sur la force mentale et la détermination à persévérer jusqu’au bout. Les pratiquants du Muay Tha Sao doivent incarner la résilience et la constance.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une discipline qui encourage la violence pour la violence. Au contraire, elle met l’accent sur le développement de l’humilité, de la détermination et de l’esprit de discipline chez ses pratiquants. Les élèves sont tenus de faire preuve de ces vertus en toutes circonstances.

Protégé

Contrairement à de nombreux arts martiaux modernes largement enseignés, le Muay Tha Sao suit une approche plus sélective. Cet art s’est historiquement transmis au sein des familles, ce qui en fait un patrimoine familial jalousement gardé. Par conséquent, tous ceux qui souhaitent apprendre le Muay Tha Sao n’ont pas nécessairement la chance de le faire.

Pour les personnes extérieures qui souhaitent s’initier au Muay Tha Sao, cela ne se résume pas à une simple volonté de s’entraîner. Les élèves potentiels doivent se soumettre à une évaluation approfondie menée par un professeur expérimenté.

Cette évaluation ne repose pas uniquement sur les capacités physiques ou le potentiel ; elle porte sur la personnalité de l’individu. Des qualités essentielles telles que l’attitude et la détermination sont examinées avec attention. Ces qualités sont jugées indispensables.

En raison de ces exigences strictes, le Muay Tha Sao attire naturellement moins d’adeptes que d’autres arts martiaux plus largement enseignés. De plus, les techniques avancées du Muay Tha Sao sont réservées à une poignée d’élus. Ces techniques incarnent la sagesse la plus profonde de cet art. Elles ne sont donc transmises qu’aux élèves ayant démontré leur maîtrise et un profond attachement aux principes fondamentaux du Muay Tha Sao.

Wai Kru

Le Wai Kru est une danse traditionnelle pratiquée par tous les élèves de Muay Thai et de Muay Boran. Il s’agit d’une prière bouddhiste dont l’origine remonte à plusieurs siècles. Les mouvements du Wai Kru varient en fonction de l’origine régionale et de la religion du combattant.

Les athlètes de Muay Tha Sao effectueront un Wai Kru dédié à la déesse de la Terre Mère et au seigneur Shiva. Ce rituel comprend des mouvements singuliers, tels que la « marche des trois fossés », au cours de laquelle le combattant contemple les nuages et gravit une montagne.

Wai Kru

Phraya Phichai

Phraya Phichai est une figure historique majeure dans l’univers du Muay Thai et du Muay Boran. En plus d’être un héros du Siam, il est réputé pour ses contributions à l’art martial du Muay Tha Sao. Il a servi de garde du corps au roi Taksin pendant la période d’Ayutthaya en Thaïlande, après avoir remporté une victoire majeure contre la Birmanie alors qu’il n’était pas armé.

À un moment charnière de l’histoire du Siam, le pays était sous la domination de la Birmanie. Phraya Phichai, maître du Muay Boran, mena une attaque contre les Birmans. Au cours de la bataille, son épée à deux mains, le « daab song mue », se brisa, le laissant sans arme. Imperturbable, Phraya Phichai fit alors appel à ses talents exceptionnels de Muay Boran, utilisant des coups de poing, de puissants coups de coude et des attaques de genou dévastatrices pour venir à bout des forces birmanes. Il remporta cette victoire remarquable bien qu’il fût désarmé, ce qui lui valut de devenir une légende.

Dans son ouvrage intitulé « Muay Thai : l’art du combat le plus prestigieux », Panya Kraitus écrit à propos du héros du Muay Tha Sao :

« [Phraya Phichai] était le commandant en chef de l’armée qui a mené le peuple à résister courageusement à l’ennemi sans se soucier de la possibilité de sa propre mort. Par amour pour son pays, il s’est battu avec acharnement jusqu’à ce que son épée se brise. La jetant au sol, il a poursuivi le combat à coups de poings, de genoux et de coudes. Grâce à sa maîtrise de la boxe thaï, il est sorti vivant et victorieux de la bataille. »

Muay Boran

Pour comprendre l’art martial ancestral du Muay Tha Sao, il faut d’abord comprendre le Muay Boran. Le terme « Muay Boran » est traditionnellement utilisé pour désigner les arts martiaux thaïlandais, qui ont fini par évoluer pour donner naissance au Muay Thai moderne. Sous l’appellation générique de Muay Boran, on distinguait plusieurs styles régionaux, chacun propre à sa région d’origine. Parmi les principaux styles figuraient le Muay Lopburi, le Muay Korat, le Muay Tha Sao, le Muay Chaiya et le Krabi Krabong, un système basé sur l’utilisation d’armes.

Une étape importante dans l’histoire militaire du muay thaï s’est produite aux XVIe et XVIIe siècles, lorsque le roi Naresuan l’a officiellement introduit au sein de l’armée siamoise. Cette intégration a marqué la reconnaissance officielle de l’efficacité du muay boran au combat. Ce sport de combat puissant était notamment utilisé lors des batailles.

Le Muay Boran était également un sport que l’on pouvait voir lors des festivals. Il comportait souvent l’utilisation de bandages ou de poings nus. Les règles variaient selon les régions et pouvaient même inclure des techniques de soumission dans certaines variantes. Dans les années 1930, les règles ont été uniformisées pour donner naissance au Muay Thai, avec des gants, un ring et des rounds.

Dernières réflexions sur le « Monkey Feet Boxing »

Les techniques du Muay Tha Sao se transmettent de génération en génération au sein d’une lignée familiale restreinte. Cet art martial a joué un rôle déterminant dans l’histoire du pays, notamment grâce à des figures légendaires telles que Phraya Phichai. Il s’inscrit dans une tradition familiale vieille de plusieurs siècles et a largement contribué au patrimoine culturel de la Thaïlande.

En tant que forme distincte du Muay Boran, le Muay Tha Sao s’est taillé une place à part grâce à ses techniques et à sa philosophie, ce qui le différencie des autres styles régionaux du Muay Boran et du Muay Thai actuel. Bien qu’il soit en déclin, l’héritage du Muay Tha Sao continue d’être préservé par des professeurs et des pratiquants dévoués qui en défendent les valeurs et les techniques.